Inquiétante étrangeté

A l’évidence, l’inquiétante étrangeté « ressortit à l’effroyable, à ce qui suscite l’angoisse et l’horreur » mais, comme ce terme est souvent employé de façon approximative et sans qu’on puisse lui donner une définition précise, il faut considérer que, « le plus souvent, il coïncide tout simplement avec ce qui suscite l’angoisse ». On n’en est pas moins en droit de s’attendre ) trouver un « noyau particulier justifiant l’utilisation d’un terme conceptuel particulier » ; il convient donc de chercher à déterminer ce qui, dans l’angoissant, distingue l’inquiétante étrangeté, d’autant que l’on ne trouve quasiment rien dans les ouvrages d’esthétique, et pas grand-chose dans les traités médico-psychologiques, mise à part une étude assez sérieuse (de Ernst Jentsch) qui note la diversité dans la réceptivité à cette qualité de sentiment, Freud confesse d’ailleurs que lui-même y est peu sensible, et qu’il y a bien longtemps qu’il n’a rien vécu ou connu qui ait suscité en lui pareille impression.

Il engage une étude linguistique et lexicographique attentive, constate qu’à « beaucoup de langues il manque un mot pour cette nuance particulière de l’effroyable », la plupart recourant à des périphrases pour l’exprimer. Pour autant, l’allemand ne va pas sans ambiguïtés. Si « unheimlich est manifestement l’antonyme de heimlich » qui indique le chez soi, le familier, l’intime, laissant penser qu’une chose est effrayante lorsqu’elle n’est ni connue ni familière, pour autant la relation n’est pas réversible : tout ce qui est nouveau et non familier n’est pas forcément effroyable ; pour que la nouveauté devienne effrayante il faut que quelque chose s’y ajoute pour la rendre étrangement inquiétante (unheimliche). Une deuxième difficulté résulte de ce que non seulement « le petit mot heimlich présente de multiples nuances de significations » mais que, parmi celles-ci, il en est une où il « coïncide avec son opposé unheimlich« , l’heimlich devenant alors unheimlich ; heimlich, loin d’être univoque, ressort de « deux ensembles de représentations qui, sans être opposées, n’en sont pas moins franchement étrangères (fremd) » : le familier et le confortable d’une part, le dissimulé et le caché de l’autre. Unheimlich serait donc l’antonyme du premier, mais pas du second. »

Dictionnaire Freudien (PUF) p. 1048

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