Jacques-Alain Miller : les psychanalystes

L’Autre de la vérité serait bien en peine d’être conformiste, puisqu’il n’a nul Autre pour modèle. Cela n’empêche pas le psychanalyste d’aspirer toujours à être certifié conforme. Il lui faut pour ça disposer de l’idole qu’il érige de la communauté de ses semblables. Depuis Lacan, il y a heureusement des psychanalystes qui ne se fondent pas dans le on du conformisme, mais c’est le plus souvent pour s’identifier au je de la vérité. La vérité folâtre et vagabonde, imprévisible et contradictoire – petite alètheia chatoyante et taquine qui ne lève sa robe que pour se dérober, pendant qu’à ses trousses le lourd concept s’essouffle – les enchante, leur fait croire que l’essence de la vérité est le caprice, et ils s’appliquent à faire pareil.

Mais ce n’est pas leur office, qui est de faire venir le savoir à sa place (en bas, à gauche dans le discours de l’analyste). Les psychanalystes n’ont pas à la porter aux nues, cette belle, ni, célibataires, à la mettre à nu – mais à la radiographier. L’os de la vérité (la vérité comme cause matérielle), c’est le signifiant, et c’est pourquoi V, F, et la suite, suffisent à articuler les vérités dernières qui nous intéressent.

(ce texte fait l’objet d’une première publication dans Ornicar n°19, automne 1979)

Jacques-Alain Miller, Ornicar n°60, « Mentir ».

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