Grammaire
Il m’a toujours semblé qu’à un homme chrétien cette façon de parler est pleine d’arrogance et d’irrévérence : « Dieu ne peut mourir, Dieu ne se peut dédire, Dieu ne peut faire ceci ou cela. » Je ne trouve pas bon d’enfermer ainsi la puissance divine sous les lois de notre parole. Et l’apparence qui s’offre à nous en ces propositions, il la faudrait représenter plus révéremment et plus religieusement. Notre parler a ses faiblesses et ses défauts, comme tout le reste. La plupart des occasions des troubles du monde sont grammairiennes. Nos procès ne naissent que du débat de l’interprétation des lois ; et la plupart des guerres, de cette impuissance de n’avoir su clairement exprimer les conventions et traités d’accord entre Princes. Combien de querelles, et combien importantes, a produit au monde le doute sur le sens de cette syllabe : hoc* ?
Livre II, « Apologie de Raymond
de Sebonde », 556
*Allusion aux controverses religieuses autour de la présence réelle, issues des paroles du Christ : Hoc est corpus meum, « Ceci est mon corps ».