Femmes savantes
Les savants ont en ce temps empli si fort les cabinets et oreilles des dames que, si elles n’en ont retenu la substance, au moins elles en font mine ; à toute sorte de propos et matière, pour basse et populaire qu’elle soit, elles se servent d’une façon de parler et d’écrire nouvelle et savante […] et allèguent Platon et saint Thomas à propos de choses auxquelles le premier rencontré servirait aussi bien de témoin. Le savoir qui ne leur a pu arriver en l’âme, leur est demeuré sur la langue. Si les bien-nées me croient, elles se contenteront de faire valoir leurs propres et naturelles richesses. Elles cachent et couvrent leurs beautés sous des beautés étrangères. C’est grande sottise d’étouffer sa clarté pour luire d’une lumière empruntée ; elles sont enterrées et ensevelies sous l’art. Elles sortent tout entières de leur poudrier. C’est qu’elles ne se connaissent point assez ; le monde n’a rien de plus beau ; c’est à elles d’honorer les arts et de farder le fard. Que leur faut-il, sinon vivre aimées et honorées ? Elles n’ont et ne savent que trop pour cela. Il ne faut qu’éveiller un peu et réchauffer les facultés qui sont en elles.