Montaigne : Ami défunt

Ami défunt

Je sais par une trop certaine expérience qu’il n’est aucune si douce consolation en la perte de nos amis que celle que nous apporte la conscience de n’avoir rien oublié à leur dire, et d’avoir eu avec eux une parfaite et entière communication. Ô mon ami ! En vaux-je mieux d’en avoir le goût, ou en vaux-je moins ? J’en vaux certes bien plus. Le regret de sa perte me console et m’honore. Est-ce pas un pieux et plaisant devoir de ma vie d’en faire à tout jamais les obsèques ? Est-il jouissance qui vaille cette privation ?

Livre II,
« De l’affection des pères aux enfants », 416

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