Consentement
On me rapporta qu’une fille, bien près de là où j’étais, s’était précipitée du haut d’une fenêtre pour éviter la force d’un coquin de soldat, son hôte ; elle ne s’était pas tuée dans la chute, et, pour redoubler son entreprise, s’était voulu donner d’un couteau à travers la gorge, mais on l’en avait empêchée toutefois, après qu’elle s’y fut bien fort blessée. Elle-même confessait que le soldat ne l’avait encore pressée que de requêtes, sollicitations et présents, mais qu’elle avait eu peur qu’enfin il en vint à la contrainte. Et là-dessus : les paroles, la contenance et ce sang, témoin de sa vertu, à la vraie façon d’une autre Lucrèce. Or j’ai su, à la vérité, qu’avant et après, elle avait été garce de bien moins difficile composition. Comme dit le conte : tout beau et honnête que vous êtes, quand vous n’aurez pas poussé votre avantage, n’en concluez pas incontinent à la chasteté inviolable de votre maîtresse ; cela ne veut pas dire que le muletier n’y trouve son heure.
Livre II, « De l’inconstance de nos actions », 353-354
On aime un corps sans âme ou sans sentiment quand on aime un corps sans son consentement et sans son désir. Toutes jouissances ne sont pas unes ; il y a des jouissances étiques et languissantes ; mille autres causes que la bienveillance nous peuvent acquérir cet octroi des dames. Ce n’est suffisant témoignage d’affection ; il y peut échoir de la trahison comme ailleurs : elles n’y vont parfois que d’une fesse, on la dirait absente, ou de marbre. J’en connais qui aiment mieux prêter cela que leur carrosse, et qui ne se communiquent que par là.