Montaigne : Conservatisme

Conservatisme

Du fait de la connaissance de cette mienne instabilité, j’ai par accident engendré en moi quelque constance d’opinions, et n’ai guère altéré les miennes premières et naturelles. Car, quelque séduction qu’il y ait en la nouveauté, je ne change pas aisément, de peur que j’ai de perdre au change. Et, puisque je ne suis pas capable de choisir, je prends le choix d’autrui et me tiens en l’assiette où Dieu m’a mis. Autrement, je ne me saurais garder de rouler sans cesse. Ainsi me suis-je, par la grâce de Dieu, conservé entier, sans agitation et trouble de conscience, aux anciennes croyances de notre religion, au travers de tant de sectes et de divisions que notre siècle a produites.

Livre II, « Apologie de Raymond
de Sebonde », 604

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