Montaigne : Conscience

Conscience

Nous autres principalement, qui vivons une vie privée qui n’est en montre qu’à nous, devons avoir établi un modèle au-dedans de nous, par rapport auquel évaluer nos actions, et, selon celui-ci, nous caresser tantôt, tantôt nous châtier. J’ai mes lois et ma cour pour juger de moi, et m’y adresse plus qu’ailleurs. Je restreins bien selon autrui mes actions, mais je ne les étends que selon moi. Il n’y a que vous qui sachiez si vous êtes lâche et cruel, ou loyal et fidèle ; les autres ne vous voient point ; ils vous devinent par conjectures incertaines ; ils voient non tant votre nature que votre art. Ainsi, ne vous tenez pas à leur sentence ; tenez-vous à la vôtre.

Livre III, « Du repentir », 848

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