« Quant à l’avenir de la psychanalyse… »

Quant à l’avenir de la psychanalyse, M. Safouan a cette belle formulation : « l’avenir de la psychanalyse reste inconnu. Tout ce qu’on peut dire est qu’il dépend, en définitive, non pas de l’oeuvre d’un seul, mais du sérieux des psychanalystes qui, seul, vivifie l’oeuvre. »

Voilà qui est dit, le sérieux des psychanalystes, sérieux quant à leur travail de renouvellement théorique, mais aussi quant à leur engagement et à la portée de leur parole singulière.

La psychanalyse est une science du particulier comme l’a rappelé Lacan. Sa vocation n’est pas d’intervenir sur la scène publique. Il n’en demeure pas moins que si le psychanalyste oeuvre dans la sphère intime, celle-ci, pour tout un chacun, est corrélée à la scène sociale et politique et y déploie ses effets.

La psychanalyse a sa part dans la libération de la parole qui a cours aujourd’hui et la découverte freudienne de l’inconscient n’est pas sans avoir contribué aux avancées de la science et aux profonds bouleversements que connaît notre époque.

Mais la véritable subversion réside dans la possibilité et la nouveauté d’une écoute, dans ce qui a pu être entendu du  désir singulier, désir d’émancipation, au un par un, vis à vis de tout autoritarisme et de toute figure de maître qui instrumentalise le désir.

Voilà la leçon que nous avons retenu de nos échanges avec M. Safouan. De par sa liberté de ton et son accueil, la possibilité a été ouverte d’un dispositif où le sujet fait partie intégrante du savoir qui s’élabore.

Quand, à la fin de notre échange, il nous invite à poursuivre le travail, c’est à ne pas reculer devant « l’horreur de savoir » qu’il nous conduit, c’est-à-dire, à lever l’interdit de savoir et à persévérer dans la rencontre avec la vérité, afin de rendre le monde un peu plus intelligible et un peu moins inhumain.

Ceci peut être un rêve. Mais souvenons-nous que M. Safouan a traduit « L’interprétation des Rêves » en langue arabe, manière singulière de réveiller cette langue et cette culture et de les ouvrir au monde. Alors, si M. Safouan reste le plus ancien des classiques, il est assurément, le premier des modernes.

Dolorès Frau Frérot, L’inconscient à demi-mot, p. 165-166.

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