Gloire
Si toutefois cette fausse opinion sert au public à contenir les hommes en leur devoir ; si le peuple en est éveillé à la vertu ; si les Princes sont touchés de voir le monde bénir la mémoire de Trajan et abominer celle de Néron ; si cela les émeut de voir le nom de ce grand pendard, autrefois si effroyable et si redouté, maudit et outragé si librement par le premier écolier qui l’entreprend, que la gloire croisse hardiment et qu’on la nourrisse entre nous le plus qu’on pourra !
Livre II, « De la gloire », 667
Gloriole
En nos actions accoutumées, de mille il n’en est pas une qui nous regarde. Celui que tu vois escaladant les ruines de ce mur, furieux et hors de soi, en butte à tant d’arquebusades ; et cet autre, tout cicatrisé, transi et pâle de faim, délibéré de crever plutôt que de lui ouvrir la porte, penses-tu qu’ils y soient pour eux ? Pour tel, à l’aventure, qu’ils ne virent jamais, et qui ne se donne aucune peine de leur fait, plongé pendant ce temps en l’oisiveté et aux délices. Celui-ci, tout pituiteux, chassieux et crasseux, que tu vois sortir après minuit d’une étude, penses-tu qu’il cherche parmi les livres comme il se rendra plus homme de bien, plus content et plus sage ? Nulles nouvelles. Il y mourra, ou il apprendra à la postérité la mesure des vers de Plaute et la vraie orthographe d’un mot latin. Qui n’échange volontiers la santé, le repos et la vie avec la réputation et la gloire, la plus inutile, vaine et fausse monnaie qui soit en notre usage ?
Livre I, « De la solitude », 245-246