Montaigne : Former sa vie

Former sa vie
Ce serait une sotte humeur d’aller, à cette heure que je suis près d’abandonner le commerce des hommes, me produire à eux par une nouvelle recommandation. Je ne fais nulle recette des biens que je n’ai pu employer à l’usage de ma vie. Quel que je sois, je le veux être ailleurs qu’en papier. Mon art et mon industrie ont été employés à me faire valoir moi-même ; mes études, à m’apprendre à faire, non pas à écrire. J’ai mis tous mes efforts à former ma vie. Voilà mon métier et mon ouvrage. Je suis moins faiseur de livres que de nulle autre besogne.

Livre II, « De la ressemblance
des enfants aux pères  » (824)

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