Montaigne : Conversation

Conversation (conférence)

Le plus fructueux et naturel exercice de notre esprit, c’est à mon gré la conférence. J’en trouve l’usage plus doux que d’aucune autre action de notre vie ; et c’est la raison pourquoi, si j’étais à cette heure forcé de choisir, je consentirais plutôt, ce crois-je, de perdre la vue que l’ouïe ou la parole. […] L’étude des livres, c’est un mouvement languissant et faible qui n’échauffe point ; là où la conférence apprend et exerce en un coup. Si je confère avec une âme forte et un roide jouteur, il me presse les flancs, me pique à gauche et à dextre ; ses idées élancent les miennes. La jalousie, la gloire, la rivalité me poussent et rehaussent au-dessus de moi-même.

Livre III, « De l’art de conférer », 966-967

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